Si même le président de Bosch France fait part de ses « inquiétudes » au sujet de l’usine de Vénissieux, c’est sans doute qu’il y a du souci à se faire pour la rentrée. Cette déclaration, Guy Augis l’a faite hier à l’Agence France-Presse, lors d’une visite de la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, sur le site de l’équipementier automobile à Mondeville, près de Caen (Calvados).
« Nous avons des inquiétudes, bien sûr, face à la baisse très forte du marché du diesel dont dépend Vénissieux [et] dont les produits sont en fin de vie » a indiqué le chef d’entreprise, avant d’ajouter qu’il regardait « un certain nombre de scénarios d’ici à la fin de l’année » et qu’il était « trop tôt pour dire s’il y aura un plan social ». Plan social, voire, fermeture de l’usine : c’est la crainte exprimée par plusieurs syndicats de l’établissement qui emploie un peu plus de 720 personnes, astreintes à des mesures régulières de chômage partiel depuis le début de l’année. « Que Guy Augis soit inquiet, c’est inquiétant, car il n’est pas un dirigeant qui a la réputation d’être un poète : il tranche dans le vif » réagit Christian Maneval, délégué de Force ouvrière. Selon lui, l’usine tourne effectivement au ralenti et aucune production nouvelle n’est arrivée pour remplacer celles qui déclinent, nonobstant les promesses faites sur place en 2005 par Franz Fehrenbach, le P-dg de Bosch. « Nous constatons que l’usine de Rodez (Aveyron) a obtenu une nouvelle fabrication, celle de l’injecteur HDi, qui est en pleine montée en puissance », poursuit le syndicaliste de FO. Or, à Vénissieux, « seule la pompe CPH, qui équipe les véhicules légers de la marque Peugeot », tire actuellement son épingle du jeu. « Mais les pompes pour les poids lourds sont en fin de vie et ont perdu des marchés en Russie » constate le syndicaliste qui affirme, simultanément, que « tout n’est pas noir, car la direction du site nous a parlé de l’arrivée de nouveaux produits ». Difficile de savoir sur quel pied danser. Alors, par mesure de précaution, la CGT, la CFE-CGC et FO ont tout de même préparé en début de semaine un courrier à l’attention de la direction du groupe allemand pour la mettre en garde contre les risques d’une restructuration. « S’ils font un plan social alors même que le site était revenu sur les 35 heures en 2004 [pour sauver l'emploi-NDLR], ça va chauffer », avertit Christian Maneval en menaçant clairement le groupe : « avez-vous les moyens de vous payer un troisième tour de mauvaise publicité dans les médias ? » Malgré plusieurs tentatives de notre part, le directeur des ressources humaines de Bosch Vénissieux n’a pu être joint hier en fin d’après-midi, de même que les responsables syndicaux de la CGT, de la CFDT et de la CFE-CGC.
Nicolas Ballet
nballet@leprogres.fr
Michèle Picard : « L’Etat doit agir »
Maire de Vénissieux depuis un mois, Michèle Picard (PC), également suppléante du député André Gerin (PC), rappelle : « Voilà plusieurs années que les syndicats alertent sur la nécessité de donner au site de Vénissieux une nouvelle fabrication à même d’assurer sa pérennité. C’est pourquoi ils ont décidé d’interpeller la direction de Bosch en Allemagne d’autant qu’ils entendent parler de réduction des effectifs : 640 salariés fin 2009 contre plus de 700 aujourd’hui. Ce que je constate c’est que l’équipementier automobile a beaucoup investi mais pour l’essentiel hors de France (Tchéquie, Turquie, Italie…). Y a-t-il volonté de disparaître du paysage industriel hexagonal ? Il revient au gouvernement, qui a été capable d’aider le secteur bancaire, d’agir et de faire pression sur les dirigeants allemands de Bosch pour obtenir le maintien des emplois. »

