Drapeaux à l’effigie de célèbres whiskys. Tables de bois rustiques. Pintes qui trônent. La cave sombre du Johnny Walsh’s est un tableau de l’authentique Irlande. Plongé dans cette taverne, on goûte aux saveurs du pays via les gorgées de bières fraîches mais aussi grâce à la pratique de quiz typiques. Ces questionnaires anglo-saxons, très répandus outre-manche, allient décontraction et savoir. Au Johnny Walsh’s, ils attirent autant les puristes irlandais que les étudiants curieux, des fidèles, chevronnés ou amateurs. Alors que les conversations se mêlent à la musique rock, John, animateur s’empare du micro. Silence éloquent. D’un accent irlandais, le chef mène son show. Devant une dizaine d’équipes à la concentration imparfaite, il annonce les questions. Estampillés de noms délirants, comme les Johnnettes ou les Epic Cheese, les groupes doivent répondre à six rounds de six questions, très éclectiques. Blind test musical, déclinaison du signe UHT, planètes proches du soleil, pourcentage de femmes qui se trouvent laides en Ecosse… La culture est sans frontière. Campé sur son tabouret, éternelle pinte à la main, John offre une connotation déjantée au quiz. Présentation enthousiaste, répliques tranchantes, blagues poussées, toute sa prestation est bien sûr à prendre au second degré. Le public apprécie ce côté décalé. « Je suis une grande gueule. Je remets les gens à leur place. Je fais des blagues lourdes. Certains viennent pour ça ! », proclame l’Irlandais. Pas d’offense donc si le maître du quiz vous lance : « Tu ne connais rien à la vie ! », « j’ai raison, tu as tort » ou son franc dicton : « On s’en bat la rate », lorsque l’un rechigne. Derrière cette allocution spectaculaire se dissimule un travail sérieux de préparation. Cette partie intellectuelle de l’opération, c’est Hélène, collègue assagie, qui s’y colle. « Chaque semaine, elle passe au moins quatre heures à préparer les questions », précise John. « Elle se rend sur des sites spécialisés dans la préparation de quiz, fait des recherches. Un gros travail ». C’est aussi cette blonde souriante qui surveille le bon fonctionnement du jeu. « Pas de tricherie ici, les portables ne passent pas ! », garantit John. Certains érudits s’énervent parfois, « surtout un Canadien, dénonce l’Irlandais, il a une culture immense et veut toujours avoir raison ». Qu’importe, l’ambiance n’est pas à la compétition. « Un verre et c’est bon ! », plaisante le leader du jeu. Lorsque certains inconscients crient les réponses, ils sont vite blâmés. Les gagnants repartent avec des lots allant d’une brosse à dents à une caisse de vin. Si l’alcool a ses limites, la culture elle, n’en a pas.
Elisa Perrigueur


