Brice Hortefeux a dissous hier par décret l’association Cosa Nostra Lyon, en même temps que cinq groupes de supporters parisiens et un niçois. Née en juin 2007 de la fusion entre les Lugdunum’s et le Nucleo ultra du Virage Sud, cette association a revendiqué 550 adhérents à ses débuts. Aujourd’hui, « elle doit représenter au mieux une cinquantaine de membres actifs, plutôt une trentaine », selon un ancien du virage Sud. « La dissolution de la Cosa est un acte insignifiant. S’ils l’avaient fait à l’époque où elle revendiquait ses actes de violence, cela aurait pu être justifié, mais là. ».
Le ministre s’est appuyé sur des faits étalés de septembre 2007 à octobre 2009 pour justifier sa décision, rappelant que « de nombreux membres de cette association ont fait l’objet d’interdictions administratives de stade ».
Il est ainsi reproché aux membres de Cosa Nostra leur implication dans une bagarre survenue avec des Niçois le 15 septembre 2007 sur l’aire d’autoroute de Beaune. Le 16 décembre 2008, c’est une rixe lors d’un match face à l’OM dans laquelle trois membres de Cosa Nostra ont été identifiés.
Le 30 mai 2009, c’est un car loué par l’association qui a été victime de dégradations lors d’un déplacement à Toulouse. Enfin, le décret ministériel pointe l’interception de 72 supporters lyonnais, dont plusieurs membres de Cosa Nostra, dans deux autocars à destination de Saint-Etienne avec à son bord des protège-dents, des gants, des bombes d’artifice, des engins pyrotechniques, des cutters, des bouteilles d’alcool et des stupéfiants !
Même si le décret n’en fait pas état, Cosa Nostra Lyon semble aussi impliquée dans une bagarre avec des supporters niçois sur une plage du Cap d’Ail, ainsi que dans deux violentes altercations avec des Parisiens, survenues dans le Vieux Lyon et dans un parc parisien.
L’association n’est d’ailleurs « plus reconnue officiellement par le club depuis l’été dernier », précise Xavier Pierrot, responsable de la billetterie à l’OL. La première conséquence pour Cosa Nostra Lyon a été financière : ses adhérents ne bénéficient plus des réductions sur les abonnements consenties par l’OL aux clubs de supporters reconnus.
Les autorités avaient par ailleurs essayé de faire interdire l’appellation Cosa Nostra, qui rappelle la mafia, mais sans succès.
« C’est un groupe qui a battu des records par exemple en matière de fumigènes », rappelle une source judiciaire. « Il y a de gros problèmes de racisme et de xénophobie. Les membres de Cosa Nostra Lyon risquent de devenir des indépendants, une mouvance où l’on retrouve tous les extrémistes ».
Mardi, avant Lyon-Bayern, des indépendants auraient d’ailleurs attaqué des supporters allemands à la sortie du métro. Une enquête serait en cours.
Xavier Breuil et François Guttin-Lombard
Jugement clément pour trois supporters
Trois supporters avaient été renvoyés hier en comparutions immédiates après les quelques incidents qui avaient précédé la rencontre OL-Bayern mardi soir. Le parquet a manifestement souhaité taper le poing sur la table en ce qui concerne les violences autour de Gerland. Mais hier, le tribunal n’était manifestement pas sur la même longueur d’onde, et a prononcé des peines très éloignées des réquisitions du ministère public.
Une façon de dire qu’il y avait d’autres moyens, dans l’arsenal procédural, de punir les fautifs ? Les faits justement. Deux des prévenus ont lancé une canette de bière lors d’une échauffourée qui s’est produite entre Lyonnais et Munichois au square Galtier, près du métro, et au milieu de laquelle la police s’est interposée.
Par chance, ils n’ont blessé personne. Ils ont 23 ans, sont respectivement bac + 2 et bac + 3. Le troisième, lui aussi né en 87 et bac + 4, a tenté d’entrer dans le stade alors qu’il en était interdit jusqu’au… 30 avril, pour avoir été mêlé à une rixe lors d’un match en décembre 2009. Les trois ont un casier vierge. « Leur passion a dépassé leur raison.
De là à passer 48 heures en garde à vue et l’épreuve de la comparution immédiate… », a plaidé Me Barre, leur avocat. La procureure Mme Lacombe avait requis de 2 à 3 mois avec sursis et de nouvelles interdictions de stade. Si le tribunal a reconnu coupables les jeteurs de projectiles, il les a dispensés de peine. Quant à celui qui ne pouvait se résoudre à rater la 1/2 finale, il a été condamné à 100 euros d’amende. Reste maintenant à savoir si le parquet fera appel.
X. B.

