Une cliente entre dans une boutique rue Victor-Hugo. Sur la vitrine, une imposante affiche placardée « Soldes : tout doit disparaître ». La consommatrice jette un coup d’œil aux étals, s’attarde un peu sur quelques pièces, une chemise à 15 euros, puis sort, en saluant poliment, sans rien acheter.
Pour Amélie, vendeuse à Espace Mode, une boutique de prêt-à-porter sur la Presqu’Ile, cette scène est typique depuis le début des soldes. « Cette année, les clientes font très attention à ce qu’elles achètent. Elles se posent la question de savoir si elles vont porter le vêtement ou pas. Il n’y a plus d’achat coup de cœur. » Elle est loin la période où les acheteuses, les premiers jours de soldes, attendaient devant son pas-de-porte avant l’ouverture. Malgré les moins 20 à moins 40 % affichés partout, le chiffre d’affaires de sa boutique a subi une baisse d’environ 10 % par rapport à l’an dernier.
Même refrain pour Sandrine, responsable de la boutique Benetton enfants, rue Maupin : « Avant les mamans venaient ici et dévalisaient le magasin : elles repartaient avec des piles de tee-shirts pour leurs enfants ! Maintenant, elles achètent quatre articles pour bénéficier des moins 50 % mais pas au-delà. »
Débutées le 24 juin, les soldes d’été, spécialement dans le prêt-à-porter et la maroquinerie, ne font pas recette cette année dans les boutiques lyonnaises. Bruno Tarlier est vice-président en charge du Commerce à la CCI du Rhône. Et à quinze jours environ de la fin des soldes, les échos qu’il a eus de la part des commerçants ne sont pas bons. « Depuis le démarrage des soldes, il y a eu clairement une baisse de fréquentation dans les magasins et cela a eu une des conséquences sur les chiffres d’affaires. Ils sont en recul de 10 % en moyenne par rapport à l’année dernière. »
Faut-il voir un effet crise ? Pour Robert Gazarian, le président de l’Association des commerçants de la rue Edouard-Herriot, ce sont surtout les « soldes flottantes », ces deux semaines de promotions dont disposent les marchands en dehors des soldes, qui ont plombé cette saison. « Les consommateurs sont perturbés : il y en a eu en avril, d’autres en mai… Trop de soldes tuent les soldes ! Elles deviennent moins percutantes et nous empêchent de déstocker. » Une opinion que partage Sandrine ; « Dès le premier lundi, nous avions une fréquentation en baisse. Il n’y avait plus l’euphorie ou la précipitation que nous avions auparavant ! » Pourtant, Bruno Tarlier relativise cette baisse d’activité : « Ce n’est pas catastrophique non plus ! Les boutiques ont eu de bons chiffres avant les soldes. Les années précédentes, nous étions en augmentation constante. »
Anne Claire Genthialon

