Philippe P., 17 ans, a été condamné à sept ans d’emprisonnement pour « tentatives d’assassinats ». «Une peine significative, à la hauteur de la gravité des faits », explique un magistrat du parquet de Lyon.
En réalité, il s’agit de la plus forte peine criminelle prononcée à Lyon au cours de ces dernières années à l’encontre d’un mineur âgé de moins de 16 ans. Le tribunal pour enfants statuait en matière criminelle, non pas sous la forme d’une cour d’assises pour mineur, mais composé d’un magistrat et de deux assesseurs civils, compte tenu de l’âge de l’accusé au moment des faits.
A savoir précisément 15 ans, le 28 avril 2008, jour où il agresse plusieurs camarades de classe dans l’enceinte du collège Olivier-de-Serres, à Meyzieu (voir nos éditions des 29, 30 avril et 2 mai 2008). La scène survient vers 9 h 30. « Tu crois en Dieu ?» demande soudainement Philippe P. à sa voisine, juste avant de sortir un couteau et de la poignarder au cou. Un autre élève est pris pour cible, pourchassé, frappé à son tour de plusieurs coups alors qu’il tente de se cacher sous une chaise. Dans l’affolement, les élèves se réfugient au fond de la classe. L’auteur se dirige vers une autre classe, atteint une troisième victime en pleine poitrine. Les témoins évoquent sa démarche « calme et méthodique ».
Il sera arrêté vers le barrage de Jonage, les bras tailladés, un temps hospitalisé. Les enquêteurs de la brigade criminelle de la Sûreté trouvent dans son sac trois couteaux de cuisine aux lames de 15 à 20 centimètres. Les investigations révèlent que l’adolescent avait mûrement préparé son acte, dans une forme de rumination morbide.
Avec des éléments apparus dans des drames similaires dans des établissements scolaires : des jeux vidéo, des confidences sur blog, un SMS pour prévenir de l’imminence de son passage à l’acte. Il aurait émis l’idée de poser une bombe, un mois auparavant. Dans cette affaire, l’adolescent était allé jusqu’à dresser une liste de victimes, aux noms entourés de rouge. S’il était question de brimades passées et de moqueries liées à son nom, l’affaire ne relevait pas uniquement d’un ado au look gothique décidé à se venger à cause d’une solitude mal supportée. « Le schéma est plus compliqué, il avait tout de même des amis autour de lui », estime un magistrat. Il avait aussi perdu son père. Le tribunal pour enfants a assorti la peine d’emprisonnement de cinq ans de suivi socio-judiciaire.

