« Un an et demi après l’installation des antennes, j’ai ressenti des douleurs dans les muscles, je ne dormais plus la nuit, j’avais des bourdonnements d’oreille en fin de journée, lorsque les gens téléphonent beaucoup ». Marguerite Guillermin habite à côté de l’église de Saint-Germain-au-Mont-d’Or. Son voisin signale les mêmes symptômes. Dans le clocher, huit boîtes carrées appartiennent à Bouygues et à Orange. D’après la dame, celles-ci génèrent les tourments qui persistent depuis une dizaine d’années.
Jeudi dernier, Jean Rinaldi, responsable de la Carra (coordination antennes relais Rhône-Alpes) a effectué des mesures sur place. Verdict : rien dans la maison et 2 volts par mètre autour.
Selon l’Association française des opérateurs de téléphonie mobile (AFOM), un millier d’antennes sont nichées dans des clochers de l’Hexagone, soit 2 % du parc. La Carra en recense pour l’heure une cinquantaine en Rhône-Alpes. Dans notre département, les associations ont repéré les clochers de Collonges, Curis, Dardilly, Francheville, Montrottier, Poleymieux, Sainte-Foy-lès-Lyon, Saint-Martin-en-Haut. Dans ces communes, les baux sont plus ou moins anciens. Renouvelables, ils sont en général établis pour une dizaine d’années, avec un tarif variable : à Collonges, chaque opérateur paye entre 2000 euros et 3 500 euros par an. A Saint-Germain, 2 000 euros, à Dardilly 6 000 euros.
« Dans un village, l’église est souvent un point central, en hauteur, qui répond donc aux paramètres permettant de couvrir la zone en question. Et cela évite de construire un pylône » explique-t-on à l’AFOM. De même source, utiliser une église n’est pas forcément économique en raison des contraintes pour respecter l’édifice. Par les temps qui courent, les emplacements accueillants se raréfient. Les opérateurs peinent aussi de plus en plus à ouvrir les portes des églises. « Jusqu’au début de l’année 2008 nous n’avions pas souvent de refus » note Jean-Luc Spohn Villeroy, chez SFR. Au printemps de cette année-là, l’évêque de Belley fait savoir que le conseil épiscopal se prononce contre la présence des antennes dans les églises de l’Ain. Il précise que les curés, parfois tentés de négocier, doivent en référer à l’évêque. Plus récemment, en février 2009, Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a rappelé que la conférence des évêques de France estime que les églises doivent servir au culte et non à d’autres usages. Or la règle, la ministre de l’Intérieur a rappelé mi-juin que lorsque « l’église est affectée au culte, cette décision nécessite l’accord du prêtre de la paroisse qui dispose du pouvoir de police dans l’édifice ».
Au diocèse de Lyon, on attribue (en les regrettant) les plus récentes installations à des initiatives isolées de curés. La mairie de Dardilly précise que ce dernier a signé la convention entre la commune et les opérateurs. A Saint-Germain, ce n’est pas le cas d’après une élue, qui indique au passage souhaiter le déménagement des antennes dans une zone moins habitée.
Actuellement, les associations dénonçant les dangers sanitaires des antennes, utilisent volontiers l’argument éthique. « Les lieux de culte ne doivent pas générer des bénéfices commerciaux » souligne Aline Lardon pour Priartem. « Dans toute la tradition chrétienne, les clochers constituent un lien entre la terre et le ciel » renchérit Jean-Michel Dhimoïla du collectif Respem.
Muriel Florin

