« Taille 38 ? Désolée mademoiselle, tout ce qui nous reste est en rayon. » Des rayons décharnés dans lesquels la cliente repart alors fouiller à la recherche d’une ultime bonne affaire. Et des bonnes affaires, il n’en reste plus beaucoup après cinq semaines de soldes.
Mais en dépit des apparences, la razzia des années précédentes n’a pas eu lieu. Selon les premières estimations, les ventes auraient diminué d’environ 2 % par rapport à 2008 et le secteur de l’habillement enregistrerait une baisse pouvant aller jusqu’à 5 %.
De mauvais résultats qui n’épargnent pas le département. Pour Georges Cellerier, président de l’association de commerçants Tendance presqu’île, « la saison des soldes a été globalement négative pour les magasins de la région. Dans certains endroits isolés ou mal desservis, la baisse enregistrée a même atteint 25 % ». Une chute du chiffre d’affaires qu’ont pu éviter la plupart des commerces de la presqu’île. Car depuis plusieurs années, « Lyon bénéficie d’un flux touristique permanent et croissant. Cette nouvelle clientèle a finalement permis à beaucoup de commerces de ne pas trop mal s’en sortir ».
Pour Jean-Marc Genis, président de la FEH (Fédération des enseignes de l’habillement), cette baisse générale des ventes est la conséquence directe du nouveau système de soldes flottants, instauré en 2008 dans le cadre de la LME (Loi de modernisation de l’économie) : « Entre les promotions, les périodes nationales de soldes et les deux semaines de soldes flottants que chaque commerce peut organiser quand il veut, le client n’y comprend plus rien. Il y a confusion et cela perturbe naturellement les ventes. »
Alors face à l’anarchie du système et au climat de crise ambiant, les Lyonnais auraient-ils pris de nouvelles habitudes ? « Nous avons toujours autant de clientes mais celles-ci sont plus raisonnables et achètent uniquement ce dont elles ont besoin. L’année dernière, il y avait davantage d’achats coup de cœur », raconte Vanessa, vendeuse dans une boutique de lingerie à la Part-Dieu.
Cette diminution des ventes laisse cependant Marie perplexe. Grande adepte du « payer moins pour avoir autant », la jeune enseignante ne comprend pas qu’en temps de crise, les périodes de soldes ne remportent pas plus de succès : « Lorsqu’il y a une incertitude concernant l’avenir, cela me paraît naturel de réduire ses dépenses. Et à quel moment sinon pendant les soldes peut-on acheter à moindre coût ? » Pendant les soldes, logique et loi du marché ne vont pas toujours de paire.
Audrey Stiti
Et vous ?
Estelle Moine
Sans emploi
28 ans
Moi, c’est bien simple, cette année je ne me suis strictement rien acheté. Ce n’est pas une question d’anxiété ou d’avoir peur de l’avenir, c’est juste que depuis quelque temps, ma situation financière ne me le permet vraiment plus. En revanche, j’ai profité de ces soldes pour acheter des vêtements à ma fille de 2 ans : à cet âge-là, on grandit vite alors, il faut renouveler constamment sa garde-robe !
Jean-pierre Demagny
Retraité
62 ans
Comme chaque année à l’occasion des soldes, je me fais plaisir à moi et à ma famille. Et l’été 2009 ne fait pas exception : au total, j’ai dû dépenser cette année environ 1 200 euros.
Des chemises, des pantalons, des chaussures… J’ai fait le plein pour la rentrée sous les conseils avisés de ma femme. Bien sûr, j’achète également beaucoup pour mes petits-enfants.
Evelyne Verdelet
Secrétaire
45 ans
J’ai peut-être un peu moins acheté que d’habitude. A force d’entendre parler de la crise, on finit par devenir inquiet et à imaginer le pire. Alors en cinq semaines de soldes, je me suis juste offert une jolie paire de chaussures et c’est tout. En revanche, j’ai beaucoup acheté pour mes trois grands garçons de 26, 23 et 20 ans ainsi que pour ma petite dernière de 7 ans. Acheter pour eux tous, c’est aussi un plaisir.
Les achats sur Internet ont le vent en poupe
Dans un climat général de tassement des ventes, les e-boutique semblent garder la forme. Dès la première semaine des soldes d’été 2009, les ventes sur Internet ont augmenté de 7 % par rapport à l’année précédente. Alors malgré la crise et l’anxiété, on dirait que le e-commerce n’est pas prêt de s’essouffler. Pour les responsables de la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance), ce dynamisme s’explique principalement par « le nombre toujours croissant d’internautes en France et donc nécessairement l’augmentation du nombre d’acheteurs sur Internet ».
Un engouement pour l’achat en ligne qui peut également s’expliquer par un choix d’articles plus vaste qu’en magasin et des démarques plus importantes dès le début des soldes. « Pendant les soldes, c’est sur Internet qu’on fait les meilleures affaires », témoigne Caroline, 36 ans et adepte du commerce en ligne depuis plusieurs années.
Mais attention, faire les soldes en ligne peut aussi réserver des surprises… de taille. Un matin, Mélanie a reçu chez elle les boucles d’oreille qu’elle avait commandées sur Internet quelques jours auparavant. La collégienne s’est retrouvée devant deux minuscules breloques alors qu’elle s’attendait à d’imposants bijoux. Depuis, Mélanie s’est acheté d’autres boucles d’oreille, continue d’acheter en ligne, mais n’oublie plus jamais de regarder l’échelle des produits qu’elle commande.
Audrey Stiti

