La chaleur à l’extérieur est étouffante. Pourtant, Solange porte une petite laine en cet après-midi caniculaire. « Je trouve que la climatisation est un peu trop forte ! ». Âgée de 79 ans, elle habite la résidence Louis-Prade,l à la Croix Rousse. Avec les chaleurs annoncées jusqu’à jeudi, le « plan bleu » a été activé dans les maisons de retraite.
Entre deux carafes d’eau apportées à ses résidents, Martine Brossard, directrice du foyer, énumère les dispositions prises depuis dimanche. « On leur dit de s’hydrater et de fermer volets et fenêtres, on surveille deux fois par jour les températures dans les lieux les plus chauds de la résidence. Nous avons également une liste des personnes les plus fragiles », explique-t-elle en tournant les pages du Plan. « C’est très précis ! Mais nous ne sommes pas angoissés : les services sont mobilisés depuis le 1er juin. » Sur les 69 habitants que compte la résidence, ils sont environ 25 à descendre tous les jours dans la pièce réfrigérée. « Ce sont des personnes autonomes et valides, alors le test pour s’assurer que l’on voit tout le monde, c’est le foyer restaurant. La moindre personne qui ne descend pas, on le sait ! » Si son établissement n’a jamais connu de décès en raison de la chaleur, c’est grâce à l’encadrement. « Il y a des personnes précautionneuses et d’autres qui ne comprennent pas toujours, mais dans l’ensemble, elles sont raisonnables. » Quand on lui parle de canicule, Solange, à l’image des autres résidents installés dans la pièce réfrigérée, hausse les épaules. « On sait ce qu’il faut faire quand il fait chaud ! On boit plus d’eau et on limite nos sorties. » Sous le ronronnement de la climatisation, l’après-midi « glaces » touche à sa fin. Maité, la gardienne, circule plus qu’à l’accoutumée avec son chariot pour proposer de l’eau, du sirop ou des jus de fruit. « On doit ruser quelques fois pour les faire boire ! » s’amuse-t-elle. Attablés, Lucien, 89 ans et Jeannette, 98 ans, discutent. La doyenne « ne sent pas la clim’ ». « Je voudrais être le 1er novembre, j’ai bien trop chaud ! » « Moi je crains la chaleur, comme tout le monde, mais sans plus. En 2003, il n’y avait pas la clim’ ! », lui rétorque Lucien. A la table voisine, les jumelles Madeleine et Marcelle, 72 ans. Pour elles, le dispositif est « rassurant ». « C’est vrai qu’on est plus sereines, mais on a connu pire… Moi ce n’est pas la chaleur qui me fatigue : c’est tout le monde qui se plaint ! »
Anne-Claire Genthialon


