« De la cocaïne, c’est hyper facile à fabriquer. De l’ecstasy, c’est autrement plus complexe. Je voulais relever ce défi ». Ces mots ne sont pas prononcés par un narcotrafiquant colombien, mais par un jeune des Alpes-de-Haute-Provence, mardi à la barre du tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu. À l’origine de cette affaire, deux commandes passées sur Internet par un Berjallien. L’une de 900 grammes de feuilles de coca en provenance du Pérou. L’autre d’un litre d’huile de sassafras. Des commandes qui vont aussitôt alerter les offices centraux de lutte contre les stupéfiants. L’huile de sassafras, très réglementée, n’étant autre que le précurseur chimique essentiel du process d’élaboration de l’ecstasy. Le jeune commanditaire est interpellé, en août 2007, par les enquêteurs de la PJ de Lyon.
« L’idée de fabriquer moi-même mes stups, c’était pour avoir de la drogue de qualité à moindre coût », assure le jeune homme, abonné aux « rave-party ». Il avait pris contact, via un forum Internet, avec l’administrateur d’un site qui était en possession de certains procédés de fabrication. « J’étais passionné de chimie, j’avais 16 de moyenne au lycée… Pour fêter le nouvel an avec des amis, je me suis décidé à fabriquer de l’ecstasy. C’est très complexe, il faut de l’expérience ». Après plusieurs échecs, il parvient à fabriquer une vingtaine de gélules. « La fabrication demande cinq jours de travail, en respectant les volumes, les temps de décantation… » Lors de son interpellation à son domicile du Sud de la France, un véritable laboratoire est découvert, les enquêteurs du Lips (laboratoire de la police scientifique) n’en croient pas leurs yeux. À leur connaissance, ce serait même une première en France. Très vite, les enquêteurs se rendent à l’évidence : ils sont en présence d’un amateur qui s’est lancé dans cette entreprise pour sa seule consommation. L’affaire, ouverte au criminel, est aussitôt correctionnalisée. L’apprenti chimiste, après avoir purgé deux mois de prison en préventive, s’est réinséré en tant que designer 3D. « Il risquait gros, jusqu’à se faire kidnapper, lui et sa famille, par des réseaux internationaux », assure son avocate, Maître Girod-Marc. Le tribunal a prononcé 12 mois, dont deux mois ferme pour l’apprenti chimiste, et 12 mois de sursis simple pour le second prévenu et des amendes respectives de 1500 et 800 euros.


