En une fraction de seconde, elle a vu la mort. La sienne, mais surtout celle de sa fille de huit ans, et tout cela à cause d’un simulacre d’exécution qui pose une fois encore le problème des répliques d’armes à feu.
Au volant de sa Citroën C1, Linda roulait tranquillement rue du 8-Mai 1945, à Vaulx-en-Velin. Elle ne se doute pas encore qu’elle s’apprête vivre l’un des moments les plus éprouvants de sa vie. Un petit groupe de jeunes gens traîne dans la rue, à la hauteur de l’arrêt de bus Vaulx Jean-Moulin.
Alors qu’elle se trouve à une trentaine de mètres d’eux, elle voit soudain qu’un des garçons braque une arme de poing en direction de sa voiture. « L’arme était pointée sur moi, il m’a visée au niveau du pare-brise et j’ai paniqué, j’ai cru qu’il allait nous abattre ».
Car Linda n’est pas seule dans sa voiture, sa fille de huit ans est assise à l’arrière droit de la C1 et, à cet instant, tout s’accélère. Le temps de réaliser ce qui se passe et de trouver une issue, la voiture est déjà à la hauteur du petit groupe. « L’arme était à un mètre du visage de ma fille, et il a tiré ». De la peur la plus intense au soulagement puis à la colère, il a suffi d’un impact. Celui d’une bille de plastique, et non d’une munition mortelle, contre la vitre de la C1 qui, heureusement était fermée.
C’est en entendant le bruit de cette bille que Linda a réalisé qu’elle venait d’être victime d’un geste qui s’apparente autant à un jeu stupide qu’à une agression. « Le jeune nous regardait fixement, avec dans le regard la détermination de quelqu’un qui va tirer pour tuer, tout ça pour nous effrayer ».
Et il y avait de quoi avoir peur car certains pistolets à bille sont des répliques parfaites d’armes à feu mortelles. C’est le cas par exemple du Sig Sauer utilisé par la police. « Les cotes sont identiques, la seule différence se situe au niveau de l’orifice du canon qui présente une réduction pour permettre la sortie des billes », explique un policier lyonnais en déplorant l’absence de législation sur la fabrication de telles répliques. « N’importe qui peut s’y tromper, y compris un policier et il faudrait imposer aux fabricants de placer des signes distinctifs, de les peindre en vert ou en rouge ! »
Reste qu’un pistolet à billes n’est pas un jouet, mais bel et bien une arme de 7e catégorie, dont le port est interdit. Arborer une arme de ce type est donc passible d’une amende. Et en menacer un tiers peut donner lieu à des poursuites pour violences ou menaces avec arme.
Pour Linda, l’affaire s’est achevée par une main courante au commissariat, pour jet de projectile. « C’est comme si on avait jeté un petit caillou sur ma voiture, mais je ne l’ai pas vécu ainsi. Que serait-il arrivé si, sous l’effet de la panique, j’avais perdu le contrôle de ma voiture et provoqué un accident, ou foncé sur le tireur pour nous protéger ? »
Christine Mérigot

