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Homophobie à Lyon

Publier le Mardi, septembre 22, 2009

Ce 1er novembre 2007, les paumés du petit matin auraient pu devenir copains comme cochons et finir le dernier verre ensemble. Antoine et Dalil s’étaient copieusement saoulés sur le plateau, Jérémy et Stéphane sortaient tout juste d’une boîte Gay en bas des pentes. Et c’est montée de la Grande Côte qu’ils se sont croisés. Aux dires des plaignants, les choses se seraient passées très rapidement. Une violence fulgurante précédée de propos annonçant la tempête à l’adresse de Jérémy, qui avait peut être le tort d’avoir une chevelure blonde décolorée et un pantalon taille basse : « Sale pédé, sale tarlouze, on va te faire ta fête ». Et de joindre le geste à la parole : coup de boule, balayette, chute dans les buissons et coups de pieds dans les côtes pour finir le travail.

L’accès de violence aujourd’hui n’est pas nié par les deux prévenus qui ne se « souviennent de rien ». Antoine, qui n’a jamais fait parler de lui a tout juste 20 ans et se déclare outré qu’on puisse l’imaginer homophobe : « Jamais un tel propos ne serait sorti de ma bouche, ce n’est ni dans ma nature ni dans mon éducation », et son avocat Me Bertrand Sayn de fournir au tribunal une pile d’attestations de moralité. Il se serait d’ailleurs bien contenté de la poursuite initiée par le parquet : un « simple » délit de violence en réunion. C’était sans compter sur l’opiniâtreté de Jérémy et son ami Stéphane qui, mineur, n’as pas souhaité porter plainte mais se montre solidaire de la démarche. Soutenus par l’association « Lesbian and Gay Pride de Lyon », ils entendent que soit spécifiquement visé le nouvel article législatif pointant la circonstance aggravante de la violence en raison de l’orientation sexuelle de la victime. C’est d’ailleurs du côté du ministère public que Me Gabriel Versini s’est tourné pour s’étonner que « le parquet de Lyon ait tendance à pratiquer un lessivage des infractions ». Autrement dit de se montrer timoré face à des « dossiers manifestement homophobes ». L’argument n’a toutefois pas scandalisé Mme Lacombe, procureure, laquelle a réaffirmé sa « liberté de parole et d’appréciation ». Dans cette affaire, elle a surtout regretté la minceur de l’enquête qui ne lui permet pas d’avoir « de certitudes ». « Pour moi cela reste une agression gratuite commise par des bêtes avinées et déchaînées ». D’où des réquisitions fixant la peine à 6 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve. Le tribunal est placé devant un dilemme que le président Jean-Louis Cor a résumé d’une interrogation lancinante : « Comment peut-on frapper un autre sans raison objective ? » Réponse le 19 octobre à l’issue du délibéré.

M.G

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