A l’heure de l’apéro, lundi, l’antigang n’a pas fait les choses à demi en s’invitant sans crier gare sur la terrasse de la brasserie de l’Est, dans le quartier des Brotteaux à Lyon, au moment où quatre bons clients s’apprêtaient à se mettre à table. Parmi eux, Daniel Bellanger, 52 ans, son frère Dominique, 55 ans. Dont le nom n’a rien d’une plaisanterie dans le gotha du banditisme français. Daniel, dit « Grand Daniel » pour sa haute taille, ou « Babar », a été désigné chef présumé de la « Dream team », une bande de braqueurs internationaux soupçonnée de retentissants coups, comme l’attaque d’un Airbus sur l’aéroport de Perpignan en 1996, un vol de 3 millions d’euros de pierres précieuses à Malaga en 1999. Ou encore l’attaque d’un fourgon de la Brink’s à Gentilly en 2000, aux côtés du fameux Antonio Ferrara. « Fantasmes de policiers » selon Daniel, acquitté pour Gentilly, le casier intact depuis quinze ans, plus souvent à Barcelone, abonné au Nou Camp, le temple du foot.
Aux Brotteaux, les deux frères étaient en compagnie d’un certain Steeve, qu’on dit proche du clan Hornec, fortement réputé dans le milieu de Montreuil. Dans la famille Bellanger, la brigade de recherche et d’intervention (BRI) recherchait surtout Dominique, l’aîné. Il n’avait plus fait parler de lui depuis une condamnation à douze ans de prison en Côte d’Or en 2002. Ces derniers mois, son nom est apparu dans une vaste affaire de cambriolages instruite à Saint-Etienne, qui compte quatorze personnes mises en examen, dont dix placées en détention préventive pour « vols et recel en bande organisée ». La PJ a démantelé une équipe suspectée d’avoir multiplié des vols de villas bien ciblés, en lien avec plusieurs receleurs présumés de haut niveau, répartis par spécialités – or, bijoux, objets d’art. Ces as de la cambriole semblaient disposer de renseignements précis pour repérer des habitations cossues, dans les vallées de l’Ondaine, du Gier. Ils bénéficiaient d’un matériel assez performant.
Les enquêteurs de l’antenne stéphanoise de la direction inter-régionale de police judiciaire (DIPJ) suspectent Dominique Bellanger d’avoir joué un rôle d’intermédiaire actif entre différents protagonistes. La PJ était tombée sur le café encore chaud en tentant de l’interpeller une première fois chez lui. Il était en cavale. Hier, après son repas interrompu, il a été mis en examen par le magistrat chargé du dossier, placé sous mandat de dépôt et écroué à la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône. Son frère n’a pas été inquiété.

