Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Lyon à propos du projet de ligne de tramway qui relie le quartier de la Part Dieu à l’aéroport Saint-Exupéry. L’enquête semble porter plus particulièrement sur le contexte qui a entouré le choix du tracé, durant la phase d’enquête publique. Avec ces questions : des interventions irrégulières ont-elles cherché à peser sur le tracé ? Et si oui, dans quel intérêt ?
L’affaire est sur les rails depuis plusieurs mois. Elle a été lancée par le Conseil général du Rhône au cours de l’été 2009, en vertu du fameux article 40 du code de procédurale pénale. Un texte qui demande aux administrations et collectivités de signaler à l’autorité judiciaire toute suspicion de délit. Une démarche assez rare, en général étayée. Le signalement a couvé quelques mois dans les services du procureur.
Les choses se sont accélérées en octobre 2009, avec la saisine de la brigade financière de la direction inter-régionale de police judiciaire (DIPJ) de Lyon. Ces dernières semaines, plusieurs témoins ont été entendus, la PJ est allée rendre visite au Conseil général, à la chambre de commerce et d’industrie, pour collecter tous les documents liés au marché du tram baptisé Rhônexpress. « L’enquête est dans une phase documentaire, tout est dépouillé pour étudier les conditions du suivi de ce projet, il est trop tôt pour savoir si une infraction est véritablement constituée », confie une source judiciaire.
Selon une source proche de l’enquête, les investigations tournent autour du rôle qu’aurait pu jouer une société de conseil, nommée « bureau d’études et du développement durable étendu » (BEDDE), dont les statuts défendent « l’intérêt de l’humanité en général et de toutes les valeurs condensées dans le mot amour… » Son représentant, Yann Gaillard (que nous n’avons pas réussi à joindre) apparaît effectivement dans le rapport du commissaire enquêteur, en 2007. Il fait part d’une série de remarques en affichant sa préférence pour un tracé. Se disant mandaté par des « associations ou syndicats agricoles » ainsi que des « personnes privées ou exploitants agricoles ». En soi, ce type de démarche, voire de lobbying, n’est pas répréhensible, sauf s’il s’accompagne de méthodes douteuses. L’affaire se corse parce que ce conseiller aurait prétendu qu’il agissait au bénéfice de la chambre de commerce et d’industrie (CCI). Or, le « BEDDE » fait partie d’un groupe aux contours flous, mêlant entreprises de travaux publics et associations, nommé « Tebior ». Un terme qui correspond à l’anagramme de Roibet, André de son prénom, un homme aux discours exaltés, qui veut faire de Pusignan, commune de l’Est lyonnais, « le centre du monde ». Parmi ses sociétés, figure MGB participations, dont Guy Mathiolon, président de la CCI, est dirigeant. Ces relations nébuleuses ont-elles poussé à vouloir rapprocher la ligne de tram de Pusignan, où André Roibet rêve de construire un grand stade de rugby, avec l’appui déclaré de l’ancien secrétaire d’Etat Bernard Laporte ? Au nom du bureau d’étude, Yann Gaillard a adressé en janvier 2009 une facture à la CCI, de plus de 300 000 euros, à verser sur un compte en Thaïlande. Il se serait même montré très insistant. Aujourd’hui, André Roibet comme Guy Mathiolon, se désolidarisent complètement du personnage qui depuis deux ans abreuve de courriers maires, parlementaires, président de la République, pour dénoncer magouilles et corruption. La justice aura bien du travail pour démêler le vrai du faux, l’info de l’intox.
Vincent Rocken
et Richard Schittly

