Les enquêteurs découvrent toutes sortes de manières de gérer l’argent dans les affaires louches.
Des magots dans une glacière enterrée dans le jardin, des liasses dans des bus de ligne, des fortunes entre les mains de collecteurs parfaitement anonymes… Le groupe proxénétisme de la police judiciaire de Lyon vient de dévoiler une technique inédite : une mendiante faisant office de banquière !
L’affaire démarre fin août, avec l’arrivée sur les trottoirs lyonnais de trois jeunes roumaines, tout juste débarquées de Grande-Bretagne.
Selon les discrètes surveillances de la police judiciaire, elles se prostituent le long du cours Charlemagne puis, après des accrochages avec des prostituées plus anciennes, elles se dirigent vers le Pont Pasteur. Une fille plus âgée semble jouer de son autorité pour les placer et récolter leurs gains. En suivant son manège, les enquêteurs s’aperçoivent qu’elle va remettre l’argent à une mendiante en haillons, installée sur un bout de carton, boulevard Yves-Farges. Une fois la transaction effectuée, elle passe un coup de téléphone depuis une cabine. Quelques heures après, les policiers en planque voient fleurir un homme déjà remarqué à proximité des jeunes prostituées.
Cette fois, il vient récolter l’argent auprès de la mendiante, comme s’il passait au guichet d’une banque aussi improbable qu’insoupçonnable, en laissant royalement un pourboire de 20 euros.
La PJ a repéré son point de chute : un squatt occupé par une communauté d’origine Rom, situé avenue Viviani à Vénissieux, où il a été interpellé en milieu de semaine dernière.
Ovidiu S, 23 ans, a été écroué vendredi, dans l’attente d’un procès pour « proxénétisme aggravé » qui devrait se tenir au début du mois prochain. La femme qui tenait le petit réseau, âgée de 29 ans, est aussi poursuivie et écrouée.
Les investigations de la direction inter-régionale de police judiciaire (DIPJ) ont mis en évidence la mobilité de ce réseau de prostitution.
Ainsi que sa violence : parmi les jeunes prostituées âgées d’une vingtaine d’année, l’une d’elle présentait des traces de coups sur tout le corps.
R.S.

