Dans ce quartier, la façade de l’opéra répond orgueilleusement à celle la mairie. Sur la place des Terreaux, les touristes affluent pour être pris en photo devant la fontaine de Bartholdi. Le lieu n’a pas seulement l’apparence d’une carte postale, il est l’un des principaux arguments de Lyon en termes d’attractivité touristique. On est bien loin d’imaginer que les riverains de ce quartier pourraient connaître des problèmes d’ordures ménagères. Et pourtant, il s’agit d’une erreur. Une erreur légitime, mais une de taille.
Il suffit de faire quelque pas de l’autre côté du décor pour constater que les coulisses de l’opéra sont loin d’être aussi rutilantes que sa splendide façade. Au pied de la bâtisse conçue par Jean Nouvel, à l’intersection des rues Serlin et Luigini, le décor rappelle moins les petits rats de l’opéra que ceux des villes. Le monticule de cagettes, les poubelles qui dégueulent leurs contenus et les traces de déjections pas forcément canines plantent le décor peu affriolant d’une pièce que supportent difficilement depuis plus d’un an les riverains. « Depuis qu’il y a une poubelle dédiée au verre, des types viennent uriner en se cachant derrière, témoigne Alexandre Andréoni, co-gérant du restaurant « Bulle de fruit » dont la terrasse se situe à une dizaine de mètres de la décharge à ciel ouvert. Et puis, les éboueurs sont nonchalants, ils en fichent partout. Et comme ils passent tard, on se retrouve à midi avec des cartons devant le restaurant qu’on doit ranger pour ne pas effrayer les clients. » Katia Zakharia, présidente du conseil syndical du 22, rue Joseph Serlin (qui se trouve juste en face des poubelles), explique que le problème date de l’été dernier. « Les poubelles restent là en permanence alors qu’on ne sait même pas à qui elles sont. Avec la chaleur, les odeurs montent et je suis obligée de garder les fenêtres de mon appartement fermées. » La situation est d’autant plus ahurissante que la rue est classée et que les façades vont être repeintes en octobre au frais des habitants . Les riverains ont alerté la mairie d’arrondissement, la ville et le Grand Lyon mais les réponses sont restées sans conséquence. « Ils se montrent très compréhensifs mais depuis un an, rien n’a été fait, continue Madame Zakharia. J’ai habité dans le tiers-monde mais à Lyon ce n’est pas normal ! »
La collecte des déchets et la propreté des rues relèvent de la compétence du Grand Lyon qui a externalisé ces fonctions aux entreprises Sita Mos et Véolia. Pour Pierre Commerçon, habitant de la rue, c’est la raison de ce fiasco. « C’est le foutoir depuis que c’est privé. Avant, les éboueurs passaient tôt le matin et il n’y avait rien à redire. Maintenant ils passent à 12 h 30. »
Thomas Genty

