La nouvelle défraye la chronique ce 18 juillet 2008. 28 kg de Semtex, un puissant explosif particulièrement prisé des réseaux terroristes, ont disparu. Les voleurs se sont introduits dans le fort de Corbas où, quelques mois plus tôt, le centre de déminage de la zone sud-est les avait stockés. C’est l’épilogue d’une négligence et le début d’une polémique qui ne fera qu’empirer au cours des jours suivants avec la colère des riverains, du maire Thierry Butin, mais aussi de la ministre de l’Intérieur de l’époque. Michèle Alliot-Marie dénonce sur les ondes « les défaillances dans la sécurisation », et à titre conservatoire, suspend le chef de centre de ses fonctions dans la foulée. C’est au tour du préfet délégué à la Sécurité, Xavier de Fürst, d’enfoncer le clou. Il ne cache pas que « le fort était destiné à recevoir des explosifs fin 2009 après des aménagements de sécurité. » Car si sur le plan pyrotechnique tout était « ok » pour accueillir ces matériaux à haut risque, il n’en était pas de même concernant le dispositif anti-intrusion. Une mise au point qui a le mérite de la clarté, mais qui ne fera pas oublier que les autorités préfectorales étaient parfaitement au courant de la situation, Michèle Alliot-Marie au premier chef (lire encadré ci-dessous). Si l’émoi est palpable, c’est bien en raison de la dangerosité de la marchandise dérobée. Les explosifs destinés à dynamiter sur place les munitions des deux dernières guerres mondiales s’avèrent être une arme redoutable. Quelques centaines de grammes de ce produit difficilement détectable ont suffi en 1988 à faire exploser en plein vol un Boeing au-dessus du village écossais de Lockerbie, causant la mort de 270 personnes. C’est ce même Semtex qui fait partie du trésor de guerre des séparatistes de l’ETA, connus pour avoir des points de chute dans la région rhône-alpine. Dès lors, on comprend mieux que l’enquête préliminaire soit confiée conjointement à la police judiciaire lyonnaise (pour sa proximité et sa connaissance du terrain) et à la section anti-terroriste du parquet de Paris. Avec une interrogation lancinante : a-t-on affaire à une bande organisée ayant profité des carences du système, plus prosaïquement à une équipée de ces bandes de voleurs de métaux qui sévissent dans la région, ou encore à un larcin d’adolescents un peu dépassés par cette découverte encombrante. Un an après, l’enquête est au point mort, et en février dernier, le parquet de Paris s’est dessaisi au profit de son homologue de Lyon. Une décision qui semble écarter la piste terroriste. Quant au fort, il est selon la préfecture « en attente d’affectation ».
Michel Girod
Des demandes qui restent lettres mortes
Dans un écrin de verdure et ceint de champs de maïs, le fort a aujourd’hui l’aspect d’une belle endormie. Seuls un grillage et un panneau d’interdiction d’accès du site rappellent un passé militaire. Au bout du chemin sans issue, aucune présence palpable. C’est que depuis l’événement, le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas pris de décision, et ce n’est pas faute, pour le maire Thierry Butin, de s’être enquis du devenir du bâtiment, allant jusqu’à proposer des négociations avec l’État en vue de sa reprise.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’élu corbasien se heurte au mur du silence. Et ce, avant même le vol du 18 juillet dernier. Le 7 juillet 2008, dans une lettre adressée à Michèle Alliot-Marie, il s’interrogeait sur le bien-fondé de travaux dans le fort par la protection civile pour accueillir « des explosifs et autres munitions » récupérés sur le territoire des régions Rhône-Alpes, Auvergne et Bourgogne : « Nous nous permettons aujourd’hui de vous faire part de notre surprise concernant un tel projet de stockage en milieu urbain. Nous vous alertons sur l’inutile dangerosité d’un tel projet dans une zone industrielle et la zone urbanisée de la ville. » Pas de réponse non plus, selon Thierry Butin, à sa missive du 21 juillet qui se voulait constructive : « La Ville est prête à acquérir ce site. Nous restons donc à votre disposition pour expliquer au cours d’une rencontre les motivations de ce choix et nos perspectives d’aménagement. » Une proposition qui reste à renouveler à… Brice Hortefeux, nouveau ministre en exercice.
Un an après, c’est à peine si dans le village on se souvient du fait divers. Au bureau de tabac de la place centrale, les clients se rappellent vaguement du bruit fait autour du vol et des « journaux télévisés », mais aux abords de l’église qui jouxte la mairie, on évoque plus le présent avec « cette histoire d’invalidation et des antagonismes politiques qui agitent la commune depuis plusieurs mois ».
Un couple de retraités qui sort de la supérette hausse les épaules : « Le fort, c’est au bout de Corbas dans un cul-de-sac. De toute façon, on n’a jamais su ce qui se passait là-bas. »
M.G

