Son tee-shirt jaune pâle fait ressortir sa couleur d’ébène. Debout dans le box, Yasmin écoute tour à tour le président, le procureur, son avocate, mais parle peu. Très peu de mots pour justifier ses filouteries alimentaires qui tiennent en quelques lettres : pas d’argent pour payer les restos ou les pizzerias. Alors, depuis plusieurs mois, il opte pour la même technique : commander, manger puis, avertir calmement les tenanciers qu’il ne pourra pas s’acquitter de son dû. Tout aussi tranquillement, il attend ensuite l’arrivée de la police : « Il fait ça quand il a faim. Mais il connaît le prix à payer », avance son avocate.
Le prix : cinq condamnations pour des faits similaires en six mois, avec des peines allant crescendo : six jours, quinze jours, puis trois mois avec sursis ; un et deux mois ferme. « Vous êtes entré dans une spirale de la filouterie alimentaire », résume le président, un peu dépité par la situation.
Sans ressources et en rupture familiale, le jeune homme de 23 ans navigue, depuis un an, entre les centres d’hébergement d’urgence lyonnais et la rue. Le travailleur social qui le suit estime qu’il est difficile de savoir si Yasmin se mobilise pour « stabiliser sa situation ». Au tribunal, il se présente comme étudiant en 2e année en mathématiques appliquées, mais ne peut justifier de son statut. « Vous allez nous prendre pour des imbéciles encore longtemps ? », lui lance le procureur, qui se souvient de la première comparution du jeune homme au cours de laquelle, il affirmait être diplomate. C’était en février dernier.
Lassé par ses récidives, le tribunal l’a condamnén cette fois-ci, à six mois ferme pour n’avoir pas payé, vendredi dernier, son déjeuner à 10,60 euros.
Farida Chadri

