La mort d’un jeune homme de 18 ans, originaire de Vaulx-en-Velin, touché par une balle tirée par un policier alors qu’il circulait à bord d’une voiture volée, dans la nuit de samedi à dimanche dans le canton de Fribourg, soulève un vif débat en Suisse.
La famille de Sébastien Casser s’est rendue sur les lieux du drame hier après-midi. Sa mère s’est exprimée avec colère et émotion devant une caméra de la télévision suisse romande (TSR). Brisée d’avoir perdu un fils, revendicative à l’égard de la Suisse, « berceau de la démocratie » a-t-elle dit en lisant une note.
« On ne mérite pas une balle pour un vol de véhicule » confie son frère Ilhan, joint par téléphone hier. « Ça nous a beaucoup surpris car on ne s’attendait pas à une chose pareille » ajoute le frère, « il était passager dans un véhicule. Une enquête est en cours et on est très prudents. Notre plus gros souci actuellement, c’est la perte de notre frère ». Sébastien, issu d’une famille d’origine kurde, installée depuis huit ans à Vaulx-en-Velin, avait obtenu l’an dernier son CAP Bâtiment. « Il travaillait depuis 7-8 mois dans une entreprise. Il avait une bonne situation », poursuit son frère.
Lundi, la famille a rencontré le juge d’instruction : « Il a pris l’initiative d’ouvrir une enquête pour homicide par négligence », raconte Ilhan Casser qui devrait, la semaine prochaine voir de nouveau le juge, en présence des avocats de la famille.
« L’usage des armes par les policiers avec une victime à la clé, c’est très rare ici, c’est choquant » confie un des très nombreux journalistes helvètes qui suivent l’affaire. Le blocus partiel des autorités ne contribue pas à calmer la polémique. Les Suisses cherchent à comprendre comment un policier a fait feu à sept reprises en direction de l’Audi RS4 qui passait un tunnel. Sur quatre impacts relevés, une balle a traversé le pare-brise et atteint le passager, probablement au niveau du cou. Selon le juge d’instruction chargé d’élucider le drame, le policier a utilisé une « mitraillette », réglée « au coup simple ». Il n’y aurait donc pas eu de rafale. L’enquête devra déterminer si la méthode était adaptée à la situation, a déclaré en substance le magistrat à la télévision. En clair, si le policier a agi en état de légitime défense. Pour le reste, aucune information n’a filtré sur ce qui s’est déroulé dans le funeste tunnel. Apparemment, plusieurs services de police de différents cantons avaient déclenché un dispositif de surveillance et d’interception, après le signalement du vol de trois berlines de luxe dans un garage du canton de Berne. Selon des caméras de surveillance, quatre malfaiteurs s’étaient introduits dans les locaux, avaient fouillé un bureau à la recherche des clés et s’étaient emparé des véhicules. Le conducteur de l’Audi a été interpellé. Deux autres complices présumés restent en fuite après avoir abandonné les voitures le long de l’autoroute.
Richard Schittly
et Farida Chadri

