Pour une soirée de concorde telle que prévue, le dîner de rupture de jeûne mardi à l’hôtel de ville de Lyon, a été raté, du moins sur ce plan (lire Le Progrès d’hier). Transformé en ring politique entre Gérard Collomb, maire PS de la ville et Nora Berra, conseillère municipale UMP et secrétaire d’Etat.
Au grand dam de Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon et organisateur de la soirée qui, après coup, constate que « la communauté musulmane est devenue un enjeu politique ». Mais sur la pseudo-polémique, il n’a rien voulu dire. Quels sont les faits ? Autour de la table centrale avaient notamment pris place Kamel Kabtane, à sa gauche Nora Berra, face à lui Gérard Collomb, près duquel était assis l’ambassadeur du Qatar. Etaient envisagées de courtes prises de paroles, des « toasts » dit-on en langage diplomatique.
Ceux du recteur de la grande mosquée, du maire de Lyon et de l’Ambassadeur, prononcés depuis leur place à table. Mais pas de Nora Berra.
La secrétaire d’Etat avait informé Kamel Kabtane qu’elle envisageait d’intervenir, mais le maire de Lyon ne l’a pas entendu de la même oreille. A son cabinet, cela devient : « Le protocole n’a prévu aucune prise de parole pour la secrétaire d’Etat ». Mais c’était sans compter sur la détermination de Nora Berra. Alors que les convives avaient déjà le nez plongé dans leur assiette, elle a bondi sur la scène où se produisait un orchestre, pour un discours d’un quart d’heure sur l’islam, la laïcité et l’esprit républicain. Devant un Collomb furieux.
De cet incident on retiendra deux choses : D’abord, si Gérard Collomb ne s’était pas arc-bouté et l’avait laissée s’exprimer depuis sa place comme les autres intervenants, jamais Nora Berra ne serait apparue comme une opposante pugnace, prête à sortir du ronron traditionnel parfois reproché à l’opposition locale.
Le maire de Lyon prend son refus en pleine face, comme un boomerang.
Ensuite, la secrétaire d’Etat, par un discours axé sur sa pratique de l’islam, a donné raison à Denis Broliquier. Le maire (divers droite) du 2e arrondissement publiait un communiqué mardi, indiquant qu’il ne se rendrait pas au repas de rupture de jeûne.
« En vertu de la laïcité inscrite dans notre constitution, les pratiques religieuses quelles qu’elles soient n’ont pas leur place à l’hôtel de Ville », a-t-il écrit.
Jamais plus Kamel Kabtane ne réclamera les salons de l’hôtel de ville pour accueillir ce dîner. D’ailleurs, sachant le terrain miné, dans la journée de mardi, il recherchait
un lieu de repli.
Jacques Boucaud


