Pourquoi un salarié de France Telecom s’est-il donné la mort, dimanche soir, à son domicile lyonnais ? A l’heure qu’il est, personne ne détient la réponse et il est beaucoup trop tôt pour dire si les conditions de travail sont ou non, en partie à l’origine de ce nouveau drame – le 10e ou le 11e, selon les sources, qui frappe l’entreprise depuis le début de l’année en France.
Les seules informations nouvelles dont on dispose depuis que ce suicide est connu (nos éditions du 23 mars), concernent l’activité professionnelle de la victime. L’homme, âgé de 51 ans, marié et père de deux enfants, travaillait à l’unité d’exploitation de facturation entreprise (UEFE), située dans le quartier du Bachut à Lyon (8e arrondissement). Il était cadre « transverse » (sans personnel sous ses ordres) dans cette entité nationale de l’entreprise qui emploie environ 150 salariés.
Ce fonctionnaire travaillait comme programmateur informatique, avec pour mission de paramétrer les factures pour les nouvelles offres adressées aux entreprises. « Il était là depuis quatre ans et il n’y a pas eu de rupture dans sa carrière » rapporte Delphine Ernotte, la directrice des opérations « France », qui est venue hier après-midi rencontrer les collègues de la victime mais aussi les salariés des unités attenantes, pendant deux heures.
« Tout le monde est touché par ce drame et je suis ici pour manifester une forme de solidarité afin que le personnel ne se sente pas seul », a-t-elle expliqué en marge de cette visite. Les syndicats ont demandé la tenue d’un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire « dès que possible ». « Une enquête sera nécessaire pour savoir ce qui a pu se passer, nous voulons savoir la vérité » déclare Didier Guthmann, délégué CGT.
Le délégué régional du syndicat Sud, Jean-Paul Portello, n’a pas davantage d’informations en sa possession à ce jour mais il dénonce « un climat anxiogène » au sein de l’entreprise. A la sortie du site, où voisinent plusieurs unités distinctes de France Telecom réparties dans trois bâtiments différents, les salariés interrogés hier matin étaient à la fois choqués et stupéfaits. « Je ne le connaissais pas, je travaille dans un autre bâtiment et ici, il y a beaucoup de monde mais en ce qui me concerne, je trouve que les conditions de travail sont bonnes » témoigne cet employé. « Cela me touche énormément », ajoute cet autre salarié.
« Je travaillais avant sur une plateforme et des collègues à moi se sont suicidés il y a quelques années de cela à Lyon. Je suis employé dans une autre unité (que celle de la victime) et je n’ai pas à me plaindre d’une quelconque pression. Est-ce que son suicide est dû à des problèmes personnels ou au travail ? Je n’en sais rien. » « C’est terrible, vous me l’apprenez » réagit ce jeune retraité qui venait retrouver des collègues.
« Mais ça m’étonnerait que ce soit lié au boulot, car ici, c’est pas le bagne ». A 10 heures hier matin, une minute de silence a été observée sur le site, en présence de plus d’une centaine de salariés et de l’encadrement. L’entreprise a dépêché des psychologues sur place pour apporter tout le soutien nécessaire aux équipes, dans le sillage de la médecine du travail et des ressources humaines de proximité. France Telecom a, dès le drame connu, agi pour accompagner au mieux la famille de la victime.
Nicolas Ballet
nballet@leprogres.fr

