Une table des scellés désespérément vide, pas de traces d’AND dans les lourds tomes de l’instruction, un des auteurs décédé, l’autre en fuite au Maroc : la pire des configurations pour un dossier d’assises. De la « tuerie » de Tassin, le 12 juin à 3 heures, l’accusation se raccroche à deux complices présumés, la police à ses certitudes et les défenses à ses doutes. Le procès qui s’est ouvert hier et qui prendra fin vendredi a toutes les chances d’être animé.
Pour reconstituer le meurtre sauvage d’Ahmed Mahroughi abattu de trois balles dans la tête au volant de sa Laguna et l’exécution ratée de son copain Nordine Guedjali, resté paraplégique à la suite de ses blessures, il conviendrait d’en connaître les commanditaires. Et c’est là déjà la première difficulté. Les motards qui aux feux tricolores de l’avenue de la République à Tassin-la-demi-lune ont ouvert le tir auraient agi sur ordre ou pour leur propre compte. De l’avis du commandant de la BRB Castellon : « C’est assurément Guedjali qui était l’homme à abattre ». Une victime diminuée et peu loquace pendant l’enquête mais qui connaissait bien des inimitiés tant à l’intérieur de la prison où il a séjourné qu’au dehors avec des connaissances peu recommandables dans le trafic de stupéfiants. La police de son propre aveu s’est attachée à surtout faire parler les faits objectifs. Avec pour se faire deux alliés de poids : la vidéo surveillance du Casino le Lyon Vert où tous les protagonistes étaient présents le soir du crime et les téléphones portables. Il ressort de ces constatations que les futures victimes étés manifestement sous la surveillance de quatre hommes : Drice Man souri, Farid Touloun, Abdelhamid Hasni et Daniel Achour. Des repris de justice trempant peu ou proue dans la came. « Au lieu de se parler librement dans la salle de jeux, commente Jean Yves Castellon, ils s’envoient mutuellement des SMS à quelques mètres d’intervalles et partent dans la foulée des deux copains ». Mieux encore, tous utilisent des portables qui ont été achetés sous de faux noms en bloc un mois avant l’agression et ont cessé d’émettre comme par miracle dans les deux heures suivant le meurtre. Pour l’enquêteur ce procédé a un nom dans le milieu « on appelle ça les GMS de travail. Ils sont acquis et ne servent que pour une opération particulière. Un règlement filmé en temps direct ? Pas pour la défense qui a commencé à pilonner une « construction policière partie d’un postulat ». Comme dans un match de catch, Mes Scrève, Pasta et Abad se sont donné la main : « Où sont les actes préparatoires ? Que sait-on de la teneur des SMS échangés ? Pourquoi certains emplois du temps n’ont ils pas été vérifiés ? ». Le visionnage des bandes enregistrées du Casino Vert, mercredi, apportera-t-il toutes les réponses ? C’est peut-être prêter beaucoup à la lumière de la technique quand les secrets de l’âme humaine restent obscurs.
Michel Girod


