Ils s’étaient rendus à Genève pour « voir des filles ». Ils ont raté leur rendez-vous galant, tout comme le dernier train qui devait les ramener à Lyon. Alors ils ont passé la nuit en Suisse, et trouvé un refuge de fortune dans un garage souterrain dont la porte était par chance ouverte. Et le lendemain, quand ils ont vu le propriétaire d’une Audi qui s’apprêtait à monter dans son véhicule garé dans le 3e sous-sol, ils ont surgi pour le lui dérober. Ils ont même emmené la victime avec eux et l’ont séquestrée pendant un petit quart d’heure, le temps de passer la frontière. Ces faits ont eu lieu le 7 mai dernier et sont d’autant plus déplaisants que la victime est un homme âgé de 80 ans en proie à des problèmes cardiaques. Ce dernier ne s’est même pas constitué partie civile. Il essaie d’oublier ce quart d’heure qui a dû être l’un des plus longs de sa vie.
Est-ce à cause de ce maudit train raté la veille que le destin des deux prévenus a basculé ? Ce car-jacking a-t-il été improvisé ou bien au contraire minutieusement préparé ? L’audience qui a eu lieu hier n’a pas permis de répondre avec certitude à la question. Les auteurs ? D’abord Jonathan Yoyotte, 23 ans, demeurant dans le 8e. Une armoire à glace. C’est lui qui a pris la victime par l’épaule et qui s’est assis à l’arrière à ses côtés avec un pistolet, certes factice, dans la poche. Connu de la justice, mais pour des broutilles. Son ami, Mehdi Souai, n’a que 19 ans et habite dans le 3e. Déjà papa et divorcé, une enfance bercée par des drames familiaux que l’on ne souhaite à personne, et un casier plus chargé, où figure un autre car-jacking. Ce 7 mai, après avoir abandonné leur « otage » au péage, ils regagnent Lyon et se rendent dans un quartier à Bron où ils font bien inconsciemment les fiers à bord de la luxueuse berline. C’est comme cela, moins de cinq heures après les faits, qu’ils se font cueillir comme des fleurs par la police puisque le véhicule avait été signalé. Tout cela sent la maladresse, l’improvisation, l’immaturité comme Me Bénédicte Del Vecchio, avocate de Yoyotte, en fera la brillante démonstration. Sauf qu’il y a dans les dépositions l’évocation d’un mystérieux interlocuteur qui promettait de verser 3 000 euros en échange de la voiture. Ce qui fera dire au procureur M.Lauzeral que « le vol répondait à une commande et que la préméditation est donc avérée ». Ses réquisitions sont allées dans ce sens : quatre ans de prison pour les deux. « Ils sont récupérables » a plaidé Me Hervé Banbanaste, avocat de Souai. Le tribunal n’a pas été insensible à ces arguments et a également distingué les responsabilités. Parce qu’il est plus âgé et qu’il a fait figure de meneur, Yoyotte a écopé de 3 ans de prison dont 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Même peine pour Souai mais avec un sursis de 12 mois.
X. B.

