Au jeu du chat et de la souris, Djamel Ousmer, 45 ans, a longtemps été le plus fort, à donner le tournis aux plus expérimentés des limiers de la police judiciaire de Lyon. Il est finalement tombé le 11 juillet dernier, mis en examen et écroué. La semaine dernière, il a de nouveau été convoqué par le juge d’instruction pour ce qu’on appelle dans le jargon judiciaire une mise en examen supplétive, dans une procédure ouverte pour « vols à main armée et association de malfaiteurs ». A cette occasion, l’homme a découvert qu’il était traqué depuis plus d’un an et demi, suspecté d’un rôle central dans six mauvais coups. Dès décembre 2007, la brigade de répression du banditisme (BRB) et la brigade de recherche et d’intervention (BRI) soupçonnaient des activités louches à partir de box où passaient voitures et motos volées. Une moto était ainsi signalée sur un braquage de supermarché Lidl, à Caluire, fin juin 2008. Impossible de coincer les auteurs opérant souvent à trois, avec un guetteur, tout en variant leurs façons de se déplacer, en moto, voiture, à pied, comme s’ils cherchaient pertinemment à brouiller les pistes, évitant les rapprochements trop évidents. La PJ attribue à l’équipe deux braquages de banques, les 2 décembre 2008 et 29 janvier 2009 à Lyon 6e. Commis avec sang-froid : hormis un coup de feu en l’air, les braqueurs apparaissaient très précis, posés, au point de dire « au revoir et bonne journée » aux employés stupéfaits. Au fil des surveillances, les enquêteurs ont eu la conviction qu’ils se fournissaient en véhicules issus de car-jacking, notamment deux Audi sur le parking d’Auchan à Saint-Priest et près du restaurant de Paul Bocuse à Collonges-au-Mont-d’Or. L’étau s’est resserré sur Djamel Ousmer, originaire des Minguettes, à la forte réputation de braqueur répétitif, vieille connaissance de la PJ, condamné en 2001 à neuf ans de prison pour vols à main armée qui, depuis sa sortie en janvier 2006, menait une existence entre Caluire et Tassin, itinérante, insaisissable. « Un gars extrêmement méfiant, sur le qui-vive en permanence » relate un commissaire. L’homme n’hésitait pas à changer trois fois de bus pour regagner un domicile. Il faisait régulièrement « le coup de sécurité », propre aux gangsters les plus chevronnés, à savoir un demi-tour impromptu pour s’assurer qu’il n’est pas suivi, sans jamais utiliser de téléphone. A ce train-là , Ousmer a longtemps filé entre les griffes policières. Jusqu’au 10 juillet dernier, lorsque deux hommes en scooter tentent de braquer un supermarché ED à Fontaines-sur-Saône. Ils se trompent de porte, rebroussent chemin. Dès le lendemain, le duo est repéré lors d’un braquage d’ED à Vénissieux, vers midi. Djamel Ousmer est interpellé en fin de journée. Deux complices présumés, suspectés dans la fourniture de voitures volées, tombent à leur tour, mis en examen et écroués. La PJ estime avoir assez de recoupements et d’éléments techniques pour les incriminer. Djamel Ousmer a nié toute participation. Son avocat Jacques Debray et son collaborateur ont engagé une rude bataille judiciaire.
R. S


